ALGÉRIE

JUSQU'A DONNER SA VIE

 

"Je suis persuadée que notre présence ici, dans ce quartier pauvre, a toujours été très importante. Elle est une réponse à l'attente de notre entourage, puisque ce sont les gens du quartier eux-mêmes qui ont demandé des Soeurs. Actuellement, ils demandent que nous restions ici au milieu d'eux.
Je me sens impuissante devant tant de souffrances mais je sais que Dieu aime ce peuple et j'ai une très grande confiance en Notre-Dame d'Afrique. Le Christ a dit : "Le Père vous donnera tout ce que vous demanderez en mon nom", et je sais que même si parfois il semble absent, il est là avec nous, avec moi : je n'ai pas peur. Dans sa lumière il m'aide à découvrir des merveilles qui se cachent, des solidarités étonnantes, des générosités, des courages surhumains. L'Esprit est là à l'oeuvre dans le coeur de chacun, de chacune.
Je choisis de rester pour répondre à la confiance qui nous est manifestée par tous et toutes et pour être une lueur d'espérance dans cette terre d'Algérie".

Pendant 31 ans, côte à côte, dans la simplicité et la vérité de leur vie...
Elles vont donner le meilleur d'elles-mêmes aux jeunes Algériennes qui fréquentent l'école.
Pendant 31 ans, côte à côte, elles vont tisser des liens d'amitié avec leurs voisins, leurs collaboratrices, le quartier, présence discrète et efficace.
Pendant 31 ans, côte à côte, elles vont vivre leur foi au quotidien, authentiquement pétries d'Evangile et profondément solidaires de ce peuple musulman qu'elles aiment, faisant de leur travail une offrande journalière comme en témoigne le cahier de modèles de broderies algéroises retrouvé posé ouvert sur l'autel de leur petite chapelle.
Belcourt. Côte à côte, elles sont tombées au sortir de la Messe, touchées par une balle en pleine tête, ce soir du 3 septembre, silencieusement, le sourire encore sur les lèvres.

Et leur vie jusque là fondue avec celle de leurs soeurs, avec celle des autres femmes assumant comme elles les difficultés de l'existence prend un brusque relief, s'envole, devient symbole.
La balle qui les atteint ce soir-là rend leur mort dramatique. Mais c'est leur fidélité tranquille et rigoureuse, vécue au fil des jours, leur engagement convaincu auprès de femmes qui leur faisaient confiance, leur vie donnée simplement à Dieu et aux autres, qui les rend précieuses aux yeux du Seigneur et signifiantes pour tous.

 

 

Deux colombes sont apparues

il y a longtemps,

longtemps dans notre ciel

guidées par le Saint-Esprit

pour vivre leur vie de pauvre

parmi les pauvres de notre pays

pour servir, enseigner, soigner et aider

avec un large sourire

pour partager et aimer

simplement et humblement

avec ceux qui ont le plus besoin

pour prier et invoquer le Seigneur

pour être de petites bougies

une faible lumière

une balise pour les naufragés de ce monde

pour être une présence

celle du Christ

au milieu des mal aimés.

 

Deux colombes se sont envolées

ne pleurez pas, ne gémissez pas.

Ne soyez pas inquiets, ne soyez pas effrayés

car vous êtes les témoins

du don suprême

de l'obéissance à celui qui a dit

"Je suis le chemin,

je suis la vérité,

je suis la vie".

Voyez

lorsqu'elles tombèrent terrassées

toujours ensemble,

l'une sur l'autre

sur terre

leurs corps formèrent une Croix

et dans le ciel

Avec leur âme, elles brodèrent

le mot "AMOUR"

 

Alger, le 5/09/1995. Un ami de Belcourt (le quartier où vivaient les deux soeurs)

 

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