PASTORALE et ÉDUCATION

AU TCHAD

Après un temps de service au Québec, je revins au Tchad, plus précisément à Bousso, une petite ville située au bord du fleuve Chari.
Quelle joie d'y retrouver une équipe missionnaire : prêtres, soeurs, catéchistes et responsables de communautés de base. Cependant, ce personnel ne suffit pas à la tâche car "la moisson est grande", elle comprend cinq secteurs immenses. Le travail est donc partagé entre tous les membres de l'équipe.

Une fois par mois, nous nous retrouvons pour un temps fort de ressourcement et de partage. Nous évaluons les priorités communes et rendons grâce pour les pas réalisés. Nous restons à l'écoute des appels, des cris entendus dans nos milieux respectifs et cela redynamise notre travail apostolique.
L'équipe me confia le secteur Gourgara, qui avait été négligé jusque là, et qui vivait sous le régime de la peur : pillages, emprisonnements, mauvais traitements, méfiance réciproque...Ce secteur comprend 18 Communautés Ecclésiales de Base.

Graduellement, la confiance a grandi entre nous et, dans le partage de la Parole de Dieu, la dignité des gens se réveille, leurs yeux s'ouvrent et la solidarité se développe, tant il leur faut lutter pour survivre et trouver leur pain quotidien.
Après 7 années d'accompagnement, je suis dans l'admiration et l'action de grâce pour ce peuple qui relève la tête. Désormais, c'est ensemble qu'ils recherchent les solutions à leurs problèmes.



AU BURKINA FASO

Mon engagement à l'Arche

La communauté de l'Arche de Ouagadougou a été ouverte en 1977. Elle est composée de deux foyers où vivent en permanence des personnes ayant un handicap mental et des assistants, hommes et femmes, célibataires, qui ont choisi de faire communauté avec ces personnes. Des externes, mariés, viennent nous aider durant la journée.
En plus du travail direct à l'atelier d'éveil auprès des enfants, je suis membre de la commission spirituelle qui a pour mission de repérer les besoins spirituels de la communauté, d'organiser la liturgie, des temps forts de ressourcement, de préparer ceux et celles qui le peuvent à la réception des sacrements. Je participe également à la formation des assistants, surtout au plan spirituel et biblique.

Ma rencontre concrète de l'arche demeure un cadeau sans prix ! Ces personnes m'ont fait découvrir que la pauvreté est la clef pour comprendre l'Evangile. Dans leur fragilité, leur absence de toute défense, ces personnes nous renvoient à notre propre pauvreté et creusent un vide qui est délivrance de nous-mêmes. Pourquoi parlent-elles si fort d'amour et nous invitent-elles à les approcher avec un si grand respect ? Parce que, me semble-t-il, elles sont une icône de Jésus en Croix, un signe de la présence de Dieu et s'approcher d'elles, c'est comme fouler un lieu saint, sur lequel on ne peut avancer que les pieds nus. N'est-ce pas sur la Croix que Jésus a atteint le sommet de la révélation de l'amour de Dieu ?

Au-delà de leurs blessures intérieures, ces personnes nous ramènent à l'essentiel et nous disent que la seule chose importante sur la terre, c'est d'aimer.

La communion d'alliance vécue avec ces personnes renforce mon alliance avec Jésus. Pour lui, depuis 36 ans, en réponse à un appel, j'ai choisi de vivre la chasteté dans le célibat consacré. Des assistants de l'Arche font ce choix du célibat en solidarité avec les personnes qui ne pourront jamais se marier en raison de leur handicap. Aujourd'hui, ce que je vis avec Oumarou, Jacqueline, Karim, Théodore et les autres me confirme dans mon choix et me fait vivre comme une double alliance. Alliance avec Jésus et alliance avec les personnes vivant avec un handicap mental, ce qui m'invite à une fidélité encore plus rigoureuse.

Saint Vincent de Paul disait : " les pauvres sont nos maîtres ". Je le crois profondément. Ils sont appel à la conversion, au dépouillement, à la vérité nue. Parmi tous, il en est un que je considère comme mon maître spirituel. Dans son langage à lui, il arrive à me dire : "Je t'aime au coeur" ou encore "Je suis en manque de toi", si l'absence a été trop longue. A travers lui, c'est vraiment Jésus qui me parle, qui me dit sa tendresse, en se faisant mendiant d'amour. C'est le "Pierre, m'aimes-tu ?" du bord du lac au lendemain de la Résurrection.
Dans leur impuissance, ces êtres doués d'une sensibilité étonnante ont une puissance extraordinaire.

De dépassement en dépassement, ces prophètes silencieux de l'amour creusent devant mes pas un abîme de joie.

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